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PERE ARAGONÉS, INDÉPENDANTISTE MODÉRÉ ÉLU PRÉSIDENT DE LA CATALOGNE

Après trois mois de discussions tendues et un accord trouvé neuf jours avant la dissolution automatique de l’assemblée élue en février, Pere Aragonés est élu président de la communauté catalane. Il s’engage à obtenir un référendum sur l’autodétermination de la Catalogne.

Le 20 mai, Pere Aragonés, président par intérim depuis la destitution de Quim Torra en septembre 2020 a obtenu 74 voix, celles des trois partis indépendantistes catalans (ERC, Junts et la CUP). Le reste de l’assemblée a voté contre son investiture.
Le temps était compté pour les indépendantistes et les discussions houleuses, à l’approche de la date fatidique du 26 mai, 90 jours après le scrutin remporté par les socialistes de Salvador Illa. Ces derniers ont obtenus 33 sièges, autant qu’ERC, mais ne pouvaient pas former une coalition.

La lourde tâche de trouver une solution à un conflit politique majeur repose donc sur Pere Aragonés, juriste de 38 ans, indépendantiste modéré qui goûte peu aux coups d’éclats politiques (pour ne pas la nommer, la tentative de sécession de 2017). Aragonés a ainsi déclaré que son « gouvernement aurait pour objectif de faire en sorte que l’indépendance de la Catalogne soit possible », tout en précisant qu’il souhaitait que cela se fasse dans une « confrontation civique et pacifique ».

Aragonés a le parcours typique d’un militant : il se vante d’être en politique depuis vingt ans, depuis ses 17 ans donc. Pourtant, il demeure un homme politique discret, dont la capacité à diriger est souvent remise en question. Son discours d’investiture a d’ailleurs été éclipsé par les saillies verbales de Jordi Sànchez, son allié de Junts.

La coalition entre la Gauche Républicaine de Catalogne (ERC, Esquerra Republicana de Catalunya) et Ensemble pour la Catalogne (JxC, Junts per Catalunya) était déjà en place depuis 2015 mais ERC en prend cette fois la tête… sur le papier. C’est en effet une coalition de principe, qui ne représente pas un véritable consensus politique. Face à l’indépendance, les deux partis ont des stratégies opposées. Junts prône une indépendance unilatérale, alors qu’ERC est partisan du dialogue.

Leurs positions divergent également sur le rôle à donner au Consell per la República, un organisme privé que Carles Puidgemont a créé et dirige depuis la Belgique après l’échec de la déclaration d’indépendance en 2017. Aragonés a concédé son intégration aux discussions, ainsi que la moitié des ministères du gouvernement régional… Ce qui représente 60% du budget total de la communauté : ERC est donc en minorité. Pour s’assurer de son soutien, Aragonés a également assuré à la CUP qu’il se soumettrait dans deux ans à une motion de confiance chargée d’évaluer le progrès dans l’accession à l’indépendance.

Enfin, le Président de la Communauté catalane s’est engagé à revoir son approche si les négociations avec Madrid n’aboutissaient pas. À Salvador Illa de remarquer que la discussion ne consistait pas à annoncer que

l’on quitterait la table des négociations faute d’obtenir ce que l’on souhaite. « Ça, ça ressemble d’avantage à du chantage », accuse l’édile socialiste.

 

Augustin Pietron

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