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MADRID, L’ÉTERNELLE BATAILLE

Il n’est pas étonnant que Madrid soit, depuis un certain temps, sous le feu des projecteurs de tous les journaux nationaux. Cette situation laisse supposer un tournant, marquant le début d’une nouvelle étape politique. Une fois de plus, la capitale peut exercer sur l’ensemble des régions une certaine influence lors du rendez-vous électoral du 4 mai prochain. Après plus d’un an de tensions en tout genre – générées par la crise sanitaire – l’ambiance présente à l’Assemblée de Madrid s’est subitement détériorée dans le sillage de l’effet papillon murcien. Ainsi, la carte politique a été redessinée à toute vitesse, conduisant à convoquer des élections, pour le moment marquée par l’incertitude et la crispation citoyenne.

Le coup d’envoi de ces élections aura été l’annonce du départ du second vice-président du gouvernement, Pablo Iglesias. Un évènement ne laissant personne indifférent. Une annonce qui, pour beaucoup, signifie que dorénavant, la course à la présidence se fera sans aucune concession possible. Au vu de la rapidité des évènements, personne ne s’attendait à ce que Pablo Iglesias quitte son poste au sein de l’exécutif pour s’embarquer dans une aventure électorale au futur incertain. Les atouts avec lesquels il commençait cette bataille paraissaient prometteurs. « L’effet Iglesias », phénomène déjà étudié par les amateurs de politique, laisse présupposer que la candidature du vice-président apportera le coup de pouce nécessaire à la gauche pour pouvoir gouverner la capitale.

Paradoxalement, il se pourrait que cette manœuvre finisse par mobiliser un potentiel électorat du Parti Populaire, éloignant Vox de la Puerta del Sol, et permettant à Ayuso d’obtenir une majorité absolue. Néanmoins, tout reste encore à voir. En revanche, ce qui est de plus en plus clair – en prenant en compte les derniers pronostics de Tezanos, directeur du CIS – est qu’ Iglesias peut à présent regretter la commodité que lui apportait sa posture face à l’opposition. Une posture qui le rendait plus habile et plus à même de mobiliser son électorat traditionnel. Il est possible que celui qu’on assimile à un Alexis Tspiras espagnol, se soit ennuyé voire même lassé de la véritable politique, celle où un pompeux langage administratif et de lourdes commissions prédominent. Celle aussi qui, selon Iglesias lui-même, manque paradoxalement de pouvoir. La tribune de l’hémicycle ne se résume pas seulement à des prises de parole incendiaires.

Sept ans après son entrée en scène, ce moment signifie-t-il la fin de la nouvelle politique menée par Pablo Iglesias ?

Selon les enquêtes du Centre des Investigations Sociologiques espagnol (à prendre avec des pincettes), l’on peut observer une polarisation sans précédent depuis l’ère Aguirre (ex-présidente de la région madrilène de 2003 à 2013). Cet organisme avait annoncé la consolidation d’une majorité pour le Parti Populaire à moins d’une semaine des élections, pouvant compter sur une fidélité électorale des plus élevées. Ciudadanos, selon cette même enquête, n’atteindrait pas le seuil nécessaire (de 5%) pour siéger à l’Assemblée de Madrid, un chiffre reflétant sa situation délicate. Selon l’opinion de plusieurs de ses fondateurs, l’on assiste à la désintégration de ce parti, déserté par plus d’un depuis l’incident murcien. D’une part, l’inattendue alternative à la droite dirigée par Mónica García est en train de réussir à saigner à blanc le PSOE, lui ôtant approximativement 85000 votes. D’autre part, un point commun entre Unidas Podemos et Vox durant la première partie de la campagne, n’est autre que la diminution des intentions de vote qui s’explique, selon l’organisme, par une surdose de la polarisation qu’on a tenté d’insuffler aux citoyens. Enfin, le CIS lance ses premiers avertissements, augurant que la Communauté de Madrid sera la tombe politique de Pedro Sánchez. Serait-ce le premier vrai signe de l’usure du gouvernement ?

Si nous devions répondre à une question, ce serait la suivante : est-il acceptable que la campagne électorale ait été ballotée et monopolisée par la crispation ?

Le dialogue et le débat ont été remplacés par de vulgaires disputes. Même lors des sessions de contrôle, lorsque nos représentants devraient faire preuve de sérieux et de prudence, ils adoptent une attitude aux antipodes de ce qu’on attend d’eux. Les idéologies ont fini par déserter les discours, les rendant provocants et dangereux. Le grossier règne sur les institutions, allant même jusqu’à faire ressembler le Jounal Officiel de l’État à la Pravda soviétique. Les menaces sont banalisées, et la violence n’est plus traitée pour ce qu’elle est : de la violence. Au cours des débats, nous avons été témoins de discours dans lesquels les chiffres étaient utilisés comme des missiles, dont la véracité était parfois, plus que discutable. Et tout ceci, focalisé sur les victimes de la pandémie, alors que tous étaient d’accord de ne pas les utiliser comme élément de riposte. L’homme politique. Pas très élégant.

Qu’ils soient madrilènes ou non, tous peuvent témoigner de la pénible situation politique qu’ils traversent.

 

Javier Torrecillas Vidal

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