Le média spécialisé sur l'actualité de l'Espagne

L’ESPAGNE : GRANDE GAGNANTE DE LA RELANCE EUROPÉENNE?

C’était inédit, inespéré. Pendant de nombreux mois, l’Union européenne a été vivement critiquée pour sa gestion décousue de la pandémie de COVID-19. Le 21 juillet 2020 cependant, Bruxelles revient en force, avec un accord ambitieux validant un plan de relance s’élevant à 750 milliards d’euros. Le but étant d’absorber le choc induit par une économie européenne mise à l’arrêt dès le mois de mars.

NextGenerationEU (tel est son nom) est un plan de relance révolutionnaire qui se base sur un endettement commun des Etats membres. Mécanisme qu’on ne pouvait concevoir avant la crise, tant les dissensions entre les Etats « frugaux » comme l’Autriche, les Pays-Bas, le Danemark et la Suède et les Etats du sud (comme l’Espagne, l’Italie ou la France) étaient fortes sur les questions budgétaires.

A partir de cet endettement commun, le plan de relance financera les programmes nationaux sous forme de subventions ou de prêts, en se basant sur trois variables : le PIB, la population et le taux de chômage de 2015 et 2019[1].

Parmi les Etats-membres ayant le plus souffert de la pandémie tant sur le plan sanitaire qu’économique, l’Espagne et l’Italie arrivent en tête. A ce titre, ce sont les deux pays qui bénéficient de la plus grande part de subventions comprises dans le fond REACT-EU et la Facilité pour la reprise et la résilience.[2]

En effet, à l’issu des négociations, l’Espagne devait bénéficier de 140 milliards d’euros provenant de NextGenerationEU (dont 73 milliards sous forme de subventions et le reste sous forme de prêts). Une nouvelle accueillie avec enthousiasme par le Premier Ministre socialiste Pedro Sanchez, qui s’engageait quelques jours après à s’aligner sur les objectifs de l’UE en allouant 15 milliards d’euros au déploiement de la 5G, à la couverture des zones rurales, à l’éducation au numérique, à la numérisation des administrations et des PME, et au développement de l’intelligence artificielle dans les entreprises.[3]

Mais en janvier, nouveau rebondissement ! Bruxelles a revu les aides allouées à la hausse, en prenant en compte le facteur crise qui frappe durement les Etats-membres du sud. A cet égard, la Commission européenne a révisé ses calculs à partir des derniers chiffres parus sur le chômage et la croissance économique en 2019. Constatant que les prévisions pour l’Espagne s’annoncent plus sombres que prévu, l’UE a décidé d’augmenter de 15% l’aide directe des fonds européens destinée à l’Espagne. Le pays recevra donc 69 528 millions d’euros au lieu des 59 168 euros prévus en juillet. Par ailleurs, afin de permettre aux Etats-membres de se relever au plus vite, la Commission s’est engagée à faire une avance de 13% au lieu des 10% prévus, ce qui leur donne une assurance de percevoir des aides dès 2021.

Toute aussi clémente et généreuse qu’elle soit, l’UE a cependant besoin de garanties, et ne déboursera pas un centime si les Etats ne respectent pas un certain nombre de conditions dans la mise en place de leurs programmes de relance nationaux. Ces conditions se cantonnent notamment au respect des recommandations émises pour chaque Etat-membre. Outre le mécanisme de conditionnalité exigé par les Etats frugaux, qui consiste en une suspension des aides si les bénéficiaires de respectent pas l’Etat de droit, les Etats-membres vont devoir ajuster leurs plans de relance afin que ceux-ci répondent à différents critères. L’Espagne va par exemple devoir réformer son système de retraite et mener une politique de lutte contre les déficits, en prévoyant un large panel de réformes du marché du travail et du système des retraites.

Partant du principe que sans réformes la machine à billets ne tournera pas, la Moncloa est aujourd’hui sur deux fronts : Nadia Calviño (vice-présidente du gouvernement espagnol en charge des questions économiques) doit présenter un programme de relance satisfaisant à la fois l’administration bruxelloise et les différents partenaires sociaux. Un dialogue social a été initié avec la Confédération espagnole des PME (Cepyme), les Commissions ouvrières (CCOO), l’Union générale des travailleurs (UGT), et la Confédération espagnole des organisations patronales (CEOE). Trouver un consensus parmi ces acteurs n’est pas chose aisée, l’UGT et le CCOO se sont d’ailleurs mobilisés pour sommer le gouvernement de relever le salaire minimum interprofessionnel à 1000 euros au lieu de 950, et d’éviter des coupes budgétaires trop importantes sur les retraites. Des rassemblements sont prévus également le 11 février contre les réformes gouvernementales, qui selon le Secrétaire Général de l’UGT Madrid López Reillo « donnent tous les droits aux patrons ».[4]

Composer avec les acteurs économiques et sociaux et la Commission européenne en proposant un plan de relance efficace est une tâche herculéenne mais nécessaire si l’Espagne veut faire face à cette crise sociale, économique et sanitaire. Le gouvernement espagnol a entre le 1er Janvier et le 30 Avril pour faire part à la Commission de son programme définitif. Si Sanchez passe cette épreuve du feu, le pays pourra bénéficier de 70% de l’enveloppe NextGenerationEU sur 2021 et 2022, avant de toucher les 30% restants en 2023[5]. Une affaire à suivre de très près donc…

 

Sarah Clugnac

Traduction : Nolwenn Klopp-Tosser

 

[1]  https://www.touteleurope.eu/actualite/plan-de-relance-europeen-quelles-sont-les-prochaines-etapes.html

[2] Plan de relance pour l’Europe | Commission européenne (europa.eu)

[3] https://www.ouest-france.fr/europe/espagne/plan-de-relance-europeen-l-espagne-utilisera-15-milliards-d-euros-pour-la-transition-numerique-6916272

[4] CCOO y UGT reclaman al Gobierno subir el SMI y derogar la reforma laboral (lavanguardia.com)

[5] https://www.touteleurope.eu/actualite/plan-de-relance-europeen-quelles-sont-les-prochaines-etapes.html

Partager cet article

Partager sur facebook
Partager sur google
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur pinterest
Partager sur email