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FUSION CAIXA BANK-BANKIA : UN MARIAGE DE RAISON(S)

À l’annonce de la potentielle fusion entre Caixa Bank et Bankia, les actions des deux entités bancaires se sont envolées. Alors que la première voyait sa valeur boursière augmenter de 13%, la seconde explosait, enregistrant une hausse de 34% par rapport au jour précédent. Entre temps, début décembre, les actionnaires des deux banques ont approuvé ce qui, dans la courtoisie commerciale, faisait office de fusion. En réalité, jeudi 3 décembre dernier, la Caixa Bank, en acquérant plus de 74% du capital de la nouvelle entité, absorbait Bankia, actant l’opération la plus importante du secteur bancaire espagnol de ces dernières années. Mariage prévu pour le premier trimestre de 2021. La nouvelle Caixa Bank deviendra l’établissement bancaire le plus important d’Espagne, additionnant un total de 650 milliards d’actifs financiers.

 

José Ignacio Goirigolzarri et Gonzalo Gortázar seront à la tête de la plus grande entité bancaire d’Espagne (c) Kelisto.es

José Ignacio Goirigolzarri, ex-président de la Bankia, prendra la tête de la nouvelle entité. Le geste relève toutefois du symbole. Car s’il est sur le point de présider le Conseil d’Administration, sa capacité d’action sera limitée ; en effet, la majorité des directeurs y siégeant seront nommés par la Caixa Bank. Goirigolzarri n’aura donc aucun contrôle direct sur l’entreprise. Ce sera Gonzalo Gortázar qui, en conservant la place de directeur exécutif qu’il occupait à la Caixa Bank, dirigera véritablement le navire.

Bankia est morte, vive la nouvelle CaixaBank !

Si le déclassement est une réalité pour Goirigolzarri, l’ancien leader devenu monarque scandinave se réjouit du mariage de raison. « La nouvelle fusion rendra la banque plus rentable et permettra de verser des dividendes plus élevés que ceux que Bankia aurait versé si elle avait continué à fonctionner seule » affirmait-t-il en conférence de presse. Le nouveau groupe anticipe plus de 290 millions d’euros de bénéfices par an grâce à des revenus plus élevés. Elle prévoit l’économie de 770 millions à partir de 2023. En termes de bénéfices par action, la nouvelle banque atteindrait un niveau de 0,33 cents par action en 2022, soit 28 % de plus que ce que Caixa Bank obtiendrait indépendamment. Et près de 70 % de plus que Bankia. Pour rappel, cette dernière peinait à se remettre de son sauvetage in-extremis du dépôt de bilan par l’État, en 2012…

En 2012, l’ancienne CajaMadrid –actuellement connue comme Bankia- entrait en situation de banqueroute. Considérée comme « Too Big To Fail », sa faillite pouvant entraîner des conséquences systémiques désastreuses, le gouvernement espagnol procédait à une intervention monétaire sauvant l’entité du dépôt de bilan. Après avoir injecté plus de 22 milliards d’euros, le Fonds de Restructuration des Banques Espagnole (FROB) a reçu 68,3 % du capital social de la banque en échange. Depuis, elle éprouve de plus en plus de difficultés à être rentable.

Comme une évidence…

Dans le contexte financier actuel, Bankia n’aurait jamais pu se maintenir seule. Avec l’instauration des taux négatifs sur les dépôts par la BCE depuis 2016, garder de l’argent coûte cher aux banques. Et la politique baissière de la Banque Centrale Européenne n’est pas près de s’améliorer. La rentabilité des banques est devenue un problème structurel : aujourd’hui le principal but des banques est leur propre survie. Face au changement de paradigme auquel est confronté le secteur bancaire, la diversification commerciale est l’unique issue. Si Bankia n’a su offrir à la clientèle de nouveaux services, la CaixaBank est championne en la matière : agences ouvertes jusqu’à 18 :30, dans le pays où la plupart des banques ferment à 14 : 30 ; vente de fonds d’investissement, offre de crédits à la consommation de voitures, de téléphones, ou de téléviseurs.

Alors anticipant la vague de restructurations du secteur, et suivant les recommandations des autorités régulatrices européennes et nationale préconisant la concentration des banques, la fusion était plus que bienvenue. D’autant plus que les deux banques jouissaient de bonnes complémentarités : une philosophie de gestion similaire tournée vers le client et à l’implantation locale, un ancrage géographique différencié, des activités commerciales complémentaires. Le mariage était une évidence… Et l’abandon du nom de jeune fille justifié.

Suppressions d’emplois et exclusion financière : les inquiétudes suite aux fermetures d’agences

La naissance du nouveau groupe, qui conservera la marque CaixaBank soulève quelques inquiétudes et interrogations. L’association de consommateurs Facua a déjà mis en garde contre les effets néfastes que la fusion bancaire pourrait avoir sur les consommateurs. Ils affirment notamment que l’opération pourrait entraîner l’augmentation des commissions et davantage de fermetures d’agences. Un danger d’exclusion financière pour les habitants des villages de l’España Vacia, l’équivalent de la diagonale du vide. En réaction à ces préoccupations, le nouveau groupe a d’ores et déjà annoncé qu’il sera présent dans plus de 2 200 municipalités et sera la seule banque dans 290 d’entre elles.

 

Les analystes planchent sur la fermeture de plus de 1400 agences en Espagne. (c) lasprovincias.es

 

Quel impact aura le plan social sur la masse salariale ? Des sources indiquent qu’entre 6 000 et 10 000 emplois seront supprimés cette année. Mais quelle entité paiera le tribut le plus lourd ? Tout laisse à penser que les suppressions seront plus nombreuses du côté de Bankia. Des inquiétudes bien réelles : les deux Assemblées Générales des actionnaires étaient d’ailleurs le théâtre de revendications salariales. Affaire à suivre.

 

Mattias Corrasco

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