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DÍAZ AYUSO : L’ÉTOILE MONTANTE

Son opposition face au Gouvernement a été permanente. Díaz-Ayuso, Présidente de la Communauté autonome de Madrid, n’a pas laissé faiblir son discours de frontale contradiction. Elle-même ne fléchit pas face aux critiques suscitées par sa politique. Sa stratégie est restée la même, de l’instauration de l’état d’urgence jusqu’au derniers mois de l’année 2020, lorsqu’elle a décidé de mener la bataille politique devant les tribunaux. Obstinée, elle a de fortes convictions et s’est montrée ferme dans le déroulement de sa stratégie sans remettre en question la logique de ses décisions.

Ses actes n’ont peut-être pas été les plus rationnels, mais bien les plus efficaces. Sa curieuse manière, bien à elle, de faire de la politique l’a mise sous les feux des projecteurs médiatiques et le Gouvernement régional n’a jamais eu un tel retentissement dans la presse. Certains la décrivent de manière péjorative tandis que d’autres s’inclinent, mais que ce soit positif ou négatif, tous s’accordent à dire que c’est une figure politique qui ne laisse pas indifférent.

Une trajectoire politique ascendante

La communication est son point fort : ses études comme sa trajectoire politique le confirment. Adhérente au PP depuis 2005 à 27 ans, elle a accompagné des figures politiques notoires, comme Esperanza Aguirre pour le chien de qui elle a géré le compte Twitter, ou Cristina Cifuentes dont elle a mené la campagne en ligne en 2015. Elle s’est inspirée de tous pour se créer un personnage politique auquel elle a ajouté une touche personnelle de taille.

De poste en poste, particulièrement présente dans le domaine de la communication, elle a creusé son trou au sein du parti au point de retenir l’attention du chef, qui était déjà son ami et qu’elle a soutenu dans un premier temps avec son « Soy de Pablo total » après la démission de Mariano Rajoy et les primaires. Elle a été le pari personnel de Pablo Casado pour prendre la tête de liste du PP aux élections présidentielles de la communauté autonome, certainement sûre de sa décision mais sans imaginer le trouble que causerait sa gestion.

De la charge de député à l’Assemblée de Madrid, en passant par celle de vice-conseillère de la Présidence et de la Justice, de vice-secrétaire de communication, jusqu’à devenir porte-parole du PP pour la Communauté autonome de Madrid, elle travaille aujourd’hui main dans la main avec Casado comme vice-présidente de la capitale madrilène.

Une gestion de la pandémie aussi louée que remise en question

Par un discours puissant, de ceux d’Aznar ou d’Aguirre, la présidente s’est montrée ferme dans ses prises de décision. Dès les premiers jours, elle a devancé le Gouvernement pour décréter l’état d’urgence en annonçant la fermeture des lieux de divertissement et des centres éducatifs le 9 mars. Ses décisions ont été majoritairement à contre-courant de celles prises par le Gouvernement. « Si la santé publique est de notre compétence, que j’ai une stratégie et que je constate qu’elle fonctionne, alors je la défendrai coûte que coûte » a-t-elle déclaré lors d’un entretien pour Le Figaro. C’est une preuve de plus de sa détermination. Et ce qui est sûr, c’est que cette stratégie a porté ses fruits. La Communauté de Madrid est passé de la communauté au plus grand nombre de cas à celle des moins touchées, et a évité les pics dus aux fêtes de fin d’année. Face à ces résultats, il est improbable que le gouvernement puisse se mettre en travers de son chemin.

Ce fut cependant une gestion riche en affrontements. Ses décisions l’ont placée dans la ligne de mire de l’opposition, avec qui elle n’est pas parvenue à une trêve.

Isabel Díaz-Ayuso devant l’IFEMA, hôpital de campagne construit en quelques semaines durant la première vague de COVID-19 (c) ConSalud.es

« Il y a des accidents tous les jours, et on n’interdit pas les voitures pour autant »

Ses opinions l’ont menée à plus d’un heurt avec Salvador Illa, avec qui elle garde une relation crispée.
Elles ont également conduit à plusieurs démissions de postes importants au sein de son équipe. Après la prise de décision du passage à la phase une du confinement, Yolanda Fuentes, directrice générale de la Santé Publique, a ainsi présenté sa démission puisque selon elle, les critères sanitaires n’avaient pas prévalu dans le cadre de cette initiative.

Et en effet, le fait de privilégier l’économie à la « vie » a été un des reproches les plus fréquents ; Díaz-Ayuso choisissant de concilier les limitations sanitaires et la reprise de l’activité économique, en insistant par exemple sur le fait d’appliquer les restrictions uniquement dans les zones présentant la plus haute incidence ou en refusant frontalement un confinement général, convaincue de sa faible efficacité et de ses conséquences désastreuses. En revanche, elle a opté pour l’achat et la distribution massive de cinq millions de testes antigéniques, avec leurs avantages et leurs inconvénients.

Une longueur d’avance sur son parti

Díaz Ayuso a agi en marge de son parti, et est ainsi devenue la référence nationale du PP, assombrissant l’image de Pablo Casado dans les médias internationaux. L’un comme l’autre ont appartenu aux Nouvelles Générations du PP, et incarnent le renouveau du parti, adoptant un discours clair et moderne tout en maintenant les principes libéro-conservateurs qui le définissent.

Mais la présidente fait valoir son opinion au sein du parti, même si celui-ci suppose de prendre de la distance avec la direction nationale ou avec le reste des barones (leaders politiques régionaux) des Communautés.

Son profil singulier et son style propre ne parviennent pas à convaincre au n°13 de la rue Génova. Son ambition effraie une partie du PP qui craint que ses sorties de route puisse devenir une menace pour la stratégie de modération adoptée récemment par le parti.
Plusieurs dirigeants territoriaux ne prennent pas part à la lutte politique contre le gouvernement de Pedro Sánchez, montrant leurs divergences en privé tout en marquant leurs distances avec cette ligne de conduite dans leurs communautés autonomes respectives. Mais devant le succès de Díaz-Ayuso, et sa popularité croissante chez les électeurs, Pablo Casado a fait de sa stratégie de confrontation la marque du parti. Peut-être a-t-il en tête que cela pourrait faire gagner des votes à court terme.

Le temps a parlé, et ceux qui craignaient que la situation madrilène entache leur image, félicitent aujourd’hui la Communauté pour sa gestion de la pandémie.
La direction de ses stratégies, en partie ou dans sa totalité, dépend de la personne qu’on interroge, comme le remarque son chef de Cabinet, Miguel Ángel Rodríguez.

Ancien conseiller de Aznar, ensuite consultant et analyste, il est un expert en publicité et en communication. Il agit dans l’ombre, mais l’influence qu’il a sur Díaz Ayuso est de plus en plus grande. Son audace est, pour beaucoup d’experts, la raison du ton dur qui caractérise le discours de la présidente régionale et de son ardeur à s’opposer à l’Exécutif.

Ana Girón Esquerdo

Traduction : Marie Vesco et Auriane  Delpèrié

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