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“COMMUNISME OU LIBERTÉ”: LA CAMPAGNE DE DÍAZ AYUSO VIRE VERS LA DROITE DÉCOMPLEXÉE

Son slogan avait fait grand bruit : « communisme ou liberté ». Le 15 mars 2021, Isabel Díaz Ayuso, Présidente sortante de la Communauté Autonome de Madrid en avait fait sa devise de campagne, lorsqu’elle apprenait que Pablo Iglesias, le leader de Podemos, laissait sa place de Premier Vice-président du Gouvernement Espagnol pour se présenter à l’élection autonome du 4 mai 2021. A la limite de l’exagération, la critique de la crise sanitaire gérée par le Gouvernement de Pedro Sanchez est devenue un vrai argument de campagne pour l’élection du « 4-M ».

« Madrid, c’est la liberté »

Sur les tracts officiels de la campagne du Parti Populaire, distribués dans les rues de la ville, on peut lire « Madrid c’est la liberté ». Au-delà de sa volonté de faire de Madrid un ilot de liberté unique en Espagne et peut-être même en Europe, en pleine pandémie, Isabel Díaz Ayuso se veut très critique de la gestion de la crise sanitaire par le Gouvernement Espagnol. Alors qu’au 15 avril, la vaccination en Espagne frôle les 12 millions de doses administrées, Ayuso affirme à la même date que « Si le gouvernement n’avait pas eu à gérer la vaccination, 100% de la population madrilène serait déjà vaccinée ». Dans cette interview à Vozpopuli, Ayuso n’exclut pas de recevoir personnellement des « entreprises sanitaires », qui pourraient commercialiser le vaccin Sputnik à la Communauté de Madrid pour accélérer la vaccination. Il faut dire en effet que la région est la huitième en vitesse de vaccination, ce dont Ayuso met à charge du Gouvernement Espagnol.

Sa campagne pour l’élection du 4 mai 2021 a été conçue sous le prisme de la liberté, quitte à y opposer le communisme, de quoi faire rejaillir un clivage radical qui date de la Guerre Civile Espagnole. Parmi ses mesures phares, il n’y a pas d’hésitation sur les mots.

Cette nouvelle présidence de Ayuso serait tout d’abord celle de la liberté fiscale. Elle se revendique être la seule présidente à ne pas avoir augmenté les impôts. Elle prévoit de baisser les impôts pour tous les habitants de la Communauté, chose qu’elle avait déjà promis en 2019 mais qui n’a jamais été appliqué. Vox, parti de coalition avec le Parti Populaire, ne voulait pas de cette baisse, tout comme les conseillers du fisc. La baisse des impôts, axe principal de son programme, doit pouvoir impulser l’économie et la reprise.

Publicité pour la campagne de Díaz Ayuso : « Nous continuerons de baisser les impôts »

La liberté économique est un atout pour sa candidature : le PIB à l’échelle de la Communauté de Madrid a augmenté de 4.4% au dernier trimestre de 2020 alors que l’économie espagnole souffrait d’une baisse totale de 10.8%. Les aides aux entreprises mises en place pendant la crise sanitaire sont un de ses chevaux de bataille, puisque plus de 300 millions d’euros ont été mis sur la table. Par ailleurs, elle se félicite d’avoir créé 44.000 emplois en moins de deux ans.

Ayuso veut aussi investir dans les hôpitaux de la région et les moderniser, pour prévoir tout nouveau risque sanitaire. Elle veut réhabiliter l’hôpital Puerta del Hierro et construire un hôpital dans le nord de la Communauté Autonome.

Des mesures de soutien aux plus fragiles sont néanmoins prévues dans son programme, comme la mise en place d’aides Erasmus venant de la Communauté, la revalorisation des aides pour les familles nombreuses ainsi que la création d’une « carte sociale » qui permettrait de regrouper l’ensemble des aides auxquelles chaque citoyen est éligible.

Son virage fait défaut à Pablo Casado

Mais au-delà de son programme, c’est bien sa personnalité et ce qu’elle représente qui lui attirent une popularité grandissante. Elle ne mâche pas ses mots, et l’historien espagnol Angel Viñas l’a remarqué. Il est convaincu que cette nouvelle droite espagnole « est trop influencée par le souvenir du franquisme ». Opérer un choix entre « communisme ou liberté » reviendrait à cristalliser le débat public au temps des années 1930. Ce slogan de campagne a par ailleurs été retweeté 25.400 fois, ce qui est énorme pour une simple devise de campagne.

Ses mots chocs ou ses coups politiques, comme lorsqu’elle avait ramené à l’Assemblée de Madrid un pavé lancé au cours d’une manifestation en soutien au rappeur Pablo Hasel, marquent les médias et l’opinion publique.

Le problème est que cette personnalité qui mélange critique du Gouvernement, droite affirmée et relents de populisme, ne fait pas forcément bon ménage au sein de son propre camp. Quelques « barons » du Parti Populaire pensent que la légitimité de Pablo Casado à la tête du parti sera questionnée si Ayuso remporte l’Assemblée de Madrid avec une majorité absolue. Díaz Ayuso aurait-elle oublié qu’elle fut l’une des meilleures amies de Casado en commençant sa carrière politique ? Ayuso s’octroie très souvent le monopole de la critique du Gouvernement de Pedro Sánchez.

Son propre style et sa manière d’aborder la politique font d’elle un « phénomène », dont les ambitions politiques ne sauraient s’arrêter aux portes de l’Assemblée de Madrid.

 

Raphaël Serreau

 

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