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APRÈS LES ÉLECTIONS MADRILÈNES, UNE RECOMPOSITION POLITIQUE EN VUE DES ÉLECTIONS GÉNÉRALES

L’« effet Ayuso » des élections de Madrid du 4 mai 2021 est maintenant mesuré au niveau national par le Centre d’Investigation Sociologique (CIS) dans son traditionnel baromètre du mois de mai. Et de nombreuses conclusions peuvent être tirées en vue des prochaines élections générales, même si elles ne devraient se tenir qu’en 2023. 

Une tendance à la hausse pour le PP

Les dernières estimations de vote du mois de mai ont clairement marqué l’avance du PP sur le PSOE : le parti de droite n’est plus qu’à 4,5% d’écart du PSOE dans les intentions de vote du CIS. En seulement un mois, le PSOE a baissé de 4 points. Mais 4, c’est aussi le pourcentage d’électeurs du PSOE qui se sont exprimés favorablement pour le Parti Populaire dans l’enquête du CIS, donc une part non négligeable d’électeurs volatiles. Ces chiffres sont tout de même à prendre avec précaution, étant donné que cet électorat peut facilement changer de camp d’ici deux ans.

Mais derrière ces chiffres, il y a la stratégie politique du PP pour espérer retrouver la Moncloa en 2023. La critique systémique du PSOE et de sa politique sanitaire, l’accaparement de la notion de « liberté » durant la campagne des dernières élections madrilènes et l’illusion d’un optimisme pour l’avenir a permis au PP de se faire une avance sur le PSOE, – malgré tout fragile- et qu’il conviendra de confirmer ou non.

Division de la gauche et convergence de la droite ?

Bien avant les élections générales de 2023, les sondages pour les élections autonomiques en Andalousie et en Castille-la-Manche marquent une tendance de division de la gauche. Le parti Podemos entrerait au Parlement andalou avec 10 ou 11 sièges, selon le sondage du journal La Razón. Division, aussi, quant aux primaires du PSOE andalou : alors que Susana Díaz affirme ne pas vouloir petre être une « succursale » du parti national, son adversaire Maire de Séville, Juan Espadas, rejette tout « projet personnaliste ».

En Castille-la-Manche, les deux partis favoris resteraient le PSOE et le PP, qui feraient un score semblable (autour de 38%). Mais l’entrée de Vox au Parlement ainsi que le renforcement du PP feraient converger les deux droites pour arriver à une majorité absolue.

Dans bien moins longtemps (encore), l’investiture d’Isabel Diaz Ayuso à la présidence du Parlement de Madrid lui permettra de former son nouveau gouvernement. Bien consciente de sa popularité, elle souhaite renforcer son leadership, voulant ainsi supprimer les postes de vice-président qui pourraient nuire à son image. Elle a bien-sûr en mémoire la figure d’Ignacio Aguado, ancien vice-président à l’économie dans le précédent gouvernement de coalition, qui avait été repris au compte de Ciudadanos pour flatter la vigueur de l’économie madrilène.

Les différentes enquêtes du CIS et des journaux sont très claires : lorsque le PSOE est divisé, le PP en sort plus fort.

Les blocs détermineront le panorama politique espagnol

Bien que le bipartisme espagnol sort renforcé dans ces dernières enquêtes, il n’en demeure pas total. En effet, ce qui fera bien la différence en 2023 sera la survie des deux blocs de gauche et de droite, et les relations qu’entretiennent les partis au sein de chacun de ces deux blocs. Si de nouvelles coalitions se forment d’ici les prochaines élections générales, en dehors de l’axe traditionnel d’opposition gauche-droite, alors les questions de confiance et de gouvernabilité se poseront dans le prochain gouvernement espagnol.  

Il existe tout de même encore un espace pour une coalition de gauche aux élections générales. Mais cela dépendra de l’évolution des partis nationalistes au Congrès des Députés, qui peuvent faire la différence, tout comme le rabattement des anciens électeurs de Ciudadanos si l’affaiblissement du parti est confirmé. Le ralliement de partis, comme Teruel existe ou la Coalition Canarienne, sera aussi déterminant.

Toute raison gardée, si les élections générales sont encore loin, les différentes stratégies des partis, elles, se mettent bien en place. 

 

Raphaël Serreau

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